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Résumé par Steve Dinan, Esalen Institute Ce livre se révèle merveilleux dès lors que le lecteur passe au-delà du mécanisme des majuscules et des codes de couleur. Il présente de manière détaillée un modèle de développement spiral des visions du monde. Beck et Cowan appellent ces structures de pensée les vMèmes (pour « méta-mèmes attracteurs de valeurs »). Les vMèmes peuvent être définis comme des paradigmes à orientation large, un schéma au travers duquel nous interprétons le monde. 8 Visions du MondeCes vMèmes se répartissent en une série de huit niveaux, avec à tout moment la possibilité qu'un niveau supérieur apparaisse. Chaque niveau possède également une phase de croissance, de pic et de déclin. Les auteurs évitent le piège le plus fréquent des modèles à niveaux en y introduisant une grande part de fluidité. D'abord, des facteurs situationnels encouragent différents vMèmes à « émerger ». Nous pouvons invoquer un vMème dans le domaine religieux et un autre au niveau des relations intimes. En temps d'agression intensive, les vMèmes auparavant submergés reviennent souvent à la surface. En outre, Beck et Cowan affirment que l'expression saine de chaque vMème est essentielle à la santé de toute la spirale du développement. De cette manière ils permettent le type d'analyse structurelle si utile des modèles à niveaux sans le processus si rigide (et aliénant) d'assignation de personnes à des cases, des niveaux ou des rôles. Nous pouvons être encouragés ou aidés à utiliser des paradigmes plus complexes et plus évolués, mais l'objectif de ce qu'ils appellent le « magicien de la spirale » est de rencontrer les gens, les situations et les cultures là où ils se trouvent, en créant des modèles organisationnels et politiques qui sont, tout au plus, 1/2 étape plus loin que les individus concernés. Le magicien de la spirale reconnaît que la santé de toute la spirale est primordiale et que le changement ne peut généralement se produire que par petites touches. Beck et Cowan sont plus intéressés par la fluidification efficace du changement que par le rejet et le renversement des vieilles structures. Chaque vMème conduit à des croyances, groupements sociaux, structures de motivation, dynamiques organisationnelles et objectifs particuliers. Si nous essayons d'imposer des solutions ou des structures trop éloignées de la courbe (ce qui reflète ou engage des vMèmes inappropriés), le résultat sera plus l'aliénation et la rébellion que la transformation. Dans cette optique, Beck et Cowan modélisent une manière d'être dans le monde qui est éminemment pratique, sensible et orientée vers la transformation. Trop souvent nous avons l'intuition d'un mode d'existence « meilleur » ou « supérieur » sans respecter les étapes du changement et du développement qui doivent se dérouler avant qu'un grand nombre de membres d'un organisme ou d'une société puissent adopter un tel mode. Beck et Cowan évitent en fait l'utilisation de termes comme « meilleur » ou « supérieur », les remplaçant la plupart du temps par vMèmes « plus complexes ». Une hiérarchie est implicite, mais elle est plus factuelle qu'évaluative. Les huit vMèmes dominants actuels sont repris ci-dessous avec un ensemble de facteurs qui reflètent une telle vision du monde. Chaque vMème a historiquement émergé pour répondre aux besoins de conditions de vie nouvelles et plus complexes.
Des Etapes de TransitionBeck et Cowan indiquent les étapes de transition en écrivant le vMème prédominant en majuscules et le vMème moins influent en minuscules. BLEU/orange est donc la phase de déclin d'une vision du monde à coloration prédominante BLEUE, mêlée à un orange émergeant. bleu/ORANGE est la phase de croissance de l'orange. ORANGE est le pic d'une vision du monde. Généralement les niveaux les plus élevés émergent comme des vagues le long d'une plage : sortant de l'insignifiance, se développant au maximum puis se dissolvant à nouveau. Chaque vague est un peu plus haute (plus complexe) que la précédente. Ce processus de succession de vagues plus complexes de vMèmes n'est pas pour autant inévitable. Les changements de conditions de vie doivent générer suffisamment de problèmes pour que la vision du monde prédominante soit motivée à changer. Une entreprise, par exemple, peut rester collée aux fondements de BLEU alors que l'économie de l'information la force à de toutes nouvelles approches du business. Bon nombre d'illustres entreprises sont restées sur le carreau lorsque la vague de changement suivante a révélé leur incapacité à s'adapter aux nouvelles circonstances économiques. Bien que la trajectoire générale soit le déplacement vers des vMèmes plus élevés, plus complexes, nous conservons les vMèmes moins complexes et pouvons les utiliser, de manière saine espérons-le, lorsque les situations l'exigent. Par exemple, dans une partie de football, le vMème ROUGE peut s'avérer approprié, alors que dans ses relations personnelles le même joueur puisse exprimer un vMème BLEU. Parfois les gens se révèlent incapables de cette flexibilité, spécialement en termes d'activation/actualisation de vMèmes plus élevés. Beck et Cowan donnent l'exemple de George Bush Sr, qui incarnait le vMème ORANGE des décades « moi », avec juste assez de bleu conservateur pour satisfaire les factions conservatrices en servant la cause de l'individualisme. Cependant, lorsque la population américaine changea de préoccupations (changement de conditions de vie), Bush révéla son blocage au point bleu/ORANGE et son incapacité à gérer les vMèmes VERTS émergeant. Clinton, bien sûr, l'emporta, séduisant mieux le VERT émergeant du camp de base de l'ORANGE. Plus tard, cependant, il y eut un réaction conservatrice par rapport au changement se déroulant trop rapidement, et les républicains reprirent le contrôle de la Chambre en 1994. Beck et Cowan utilisent une sorte de modèle du point d'appui pour décrire le passage à une nouvelle vision du monde. Dans la condition alpha, le vMème s'ajuste habilement aux conditions de vie prédominantes. Lorsque celles-ci se modifient, la condition bêta émerge, dans laquelle les vieux vMèmes commencent à être inadéquats par rapport aux changements de circonstances. C'est une époque d'incertitude, de questionnement et de doute. A ce point, deux possibilités se présentent : Réforme (un changement évolutionnaire), afin de créer un nouvel alpha s'accordant aux vMèmes plus sophistiqués, ou Révolte (un changement révolutionnaire) qui généralement émane d'une réaction initiale lente par rapport au changement. La révolte émerge de ce qu'ils appellent un piège gamma, une zone de frustration et de désespoir. Si les gens sont heureux, chanceux et de bon sens, un chemin de transformation se dessine jusqu'au prochain accord alpha (ce qu'ils appellent la vague delta). Si tel n'est pas le cas, une régression se produit ou la structure organisationnelle se dissout. Dans ce modèle de base de point d'appui du développement, les auteurs distinguent sept options principales : deux horizontales, deux obliques et trois verticales. Les options horizontales sont 1) accord fin et 2) expansion, aucune des deux n'altérant les vMèmes fondamentaux de l'organisme. Les alternatives obliques (étirement vers le bas ou vers le haut) concernent l'accession temporaire à des vMèmes inférieurs ou supérieurs pour gérer une situation oppressante. Les alternatives verticales sont 1) rupture, qui est révolutionnaire mais présente un risque de régression, 2) passage au niveau supérieur, qui est un passage évolutionnaire au niveau suivant, comme la vague delta, et 3) saut qualitatif, lorsque plusieurs vMèmes sont sautés d'un coup. Ce type de changement est partie intégrante de la réussite dans le développement d'un pays ou le fonctionnement dans un marché global, et peut être observé lors de changements d'ères, comme par exemple la Révolution industrielle. Le leadership encourage le changement positif et la santé à tous les niveaux de la spirale, et implique une perception du niveau atteint. Il importe tout d'abord de savoir si les personnes sont Ouvertes (capables de changement), Arrêtées (le potentiel de changement est présent mais entravé) ou Fermées (pétrifiées dans un vMème). Plutôt que de tenter de dynamiter les individus arrêtés et fermés, le magicien de la spirale chevronné façonne interventions et motivations correspondant à leur niveau. Le style optimal de leadership pour les individus ouverts est 1/2 étape plus en avant que leur centre de gravité. Par exemple, une masse ORANGE est menée au mieux par un leader ORANGE/vert, ou peut-être orange/VERT, qui peut subtilement les amener plus loin en séduisant instinctivement leur vision du monde fondamentalement ORANGE. Les individus qui sont plus fermés répondent mieux à un management et un leadership reflétant leur propre niveau (les fondamentalistes, par exemple, écoutent mieux d'autres fondamentalistes purs et durs). Clare Graves, qui a précédé Beck et Cowan, insistait sur le fait que les gens ont le droit de vivre comme ils en ont envie. Notre boulot est de façonner des organismes leur convenant et les motivant, au moyen des outils les plus appropriés. Un Modèle du ChangementLes Magiciens du ChangementBeck et Cowan distinguent deux types différents de magiciens : les magiciens du changement et les magiciens de la spirale. Les premiers sont spécialistes en « étapes »; ils fournissent un exemple crédible et puissant de la manière de créer un pont entre deux visions du monde. Malcolm X, après avoir rejoint l'Islam, devint un magicien du changement incarnant la transition de ROUGE (gigolo) à ROUGE/bleu (converti) à rouge/BLEU (zélote) à BLEU (vrai croyant de l'Islam, après son pèlerinage à La Mecque). Gorbachev était aussi un magicien du changement : cependant, il démontre également le risque que courent les magiciens du changement d'être laissés en arrière lorsque les vagues de changement qu'ils ont contribué à créer s'élèvent plus loin. Les magiciens de la spirale sont différents des magiciens du changement; leur pensée dérive du saut qualitatif vers l'avant, dans la complexité que l'on trouve dans les vMèmes de second niveau. Ils sont capables d'appréhender des situations à partir de points de vue multiples, de travailler au niveau approprié et de placer au bon niveau des situations spécifiques. Ils ne sont pas bloqués dans une seule vision, mais voient les empilements de vMèmes en développement en tant qu'organisme total. Ils ne vont pas imposer des vMèmes inappropriés à des sujets réticents, mais honoreront et respecteront les systèmes et structures de motivation existantes. Ils sont plus concernés par la fluidité de l'évolution d'un système dans son ensemble que par le prêche à partir d'un point particulier. Les organismes éclairés, selon Beck, recherchent leurs magiciens de la spirale, les protègent des codes de conduite, des jeux politiques et des contraintes bureaucratiques et leur permettent de parcourir le vaste panorama des tendances du développement. Matrice X, Y, ZCeci constitue le réservoir de pensée d'un organisme, ce que Beck appellera plus tard la matrice Z (la matrice X concerne le travail effectué par une entreprise, la matrice Y les personnes qui peuvent faciliter, encourager et soutenir la matrice X - les managers, dans le sens ancien du terme). Les personnes de la matrice Z peuvent être encouragées par des environnements hautement créatifs tels que : une mare au canards (où les non-conformistes peuvent s'ébattre seuls), une nurserie (où les néophytes peuvent être nourris à apprendre les ficelles), une chambre de guerre (où les signes vitaux d'une entreprise sont surveillés), un parc de jeu (environnement libre et créatif où les équipes sont confrontées à des problèmes épineux), une équipe de crise (experts déployés en urgence pour stabiliser et réparer). Les magiciens de la spirale pensent en termes de systèmes ouverts, évolutifs, plutôt qu'en termes d'états terminaux fermés. Ils réagissent aux flux et rythmes naturels et apprécient le chaos. Mais puisqu'ils sont attentifs à la santé de toute la spirale, ils ne menacent ni ne compromettent l'ancien. Ils interagissent aisément avec de nombreux mondes conceptuels et le font de manière systémique et intégrative. Ils mêlent les ressources des cerveaux gauche et droit et ce qu'ils tirent de tous les outils disponibles, plus concernés par l'efficacité que par le statut, le pouvoir ou l'appartenance à un groupe. Beck et Cowan pensent que les militaires américains ont incarné, dans l'opération Desert Storm, bon nombre de ces principes et que des gens comme Norman Schwartzkopf et Colin Powell étaient candidats à la magie de la spirale. Les magiciens de la spirale créent des structures organisationnelles et des systèmes de motivation qui sont appropriés aux personnes impliquées dans l'action. Ils peuvent créer des rituels de changement publics pour honorer VIOLET, des engagements dans la compétition pour honorer ROUGE, des bonus et avantages financiers pour motiver ORANGE, des célébrations de la loyauté envers la société pour BLEU, des actions éminentes de service public pour VERT, etc. Plutôt que de juger ou d'essayer de changer les gens trop rapidement, ils optent pour la rencontre avec eux sur leur propre terrain. Les organismes (et sociétés) complexes fonctionnent grâce à de nombreux vMèmes. Leur intégration douce et leur harmonisation sont donc vitales. Ceci demande de la politesse, de l'ouverture et, au besoin, un leadership ferme. Créer des organismes sains repose, selon Beck et Cowan, sur le fait de réaliser un alignement spiral (centré sur la finalité essentielle de son âme) et de laisser toutes les autres décisions relatives à la structure, la motivation, les ressources, l'utilisation, etc. s'écouler à partir de ce point central. Ils appellent un tel processus « streaming » (flux continu), qui implique que des intelligences de second niveau créent des systèmes qui captent et honorent les meilleurs aptitudes de chaque vMème. Des jobs différents correspondent à différents profils vMèmes, et donc le magicien astucieux engage les personnes correspondant le mieux au rôle à jouer (et pas nécessairement celles qui lui plaisent le plus). Le marketing, par exemple, est souvent fortement ORANGE, alors que la comptabilité exige la prudence et l'attention portée aux détails de BLEU. On choisit trop souvent les membres d'une équipe pour de mauvaises raisons, essayant de les convertir à des rôles auxquels ils ne correspondent pas. La stratégie classique consistant à transférer des travailleurs performants vers le management ne reconnaît pas non plus les profils vMèmes et s'avère souvent désastreuse. Structurer les entreprises de telle manière qu'un tel avancement soit possible même sans répondre aux exigences d'un nouveau vMème est donc primordial. La partie la plus intéressante de cet ouvrage est probablement le chapitre final dans lequel, après que le lecteur ait reçu le vocabulaire et les outils requis pour penser en termes de dynamique spirale, les auteurs s'attaquent à un grand nombre de problèmes de développement global, de la Chine et la Russie à la dissolution de l'apartheid sud-africain. Dans chaque situation, les bénéfices de la pensée au travers de cette lentille évolutionnaire deviennent évidents. L'imposition des structures et contrôles économiques ORANGE sans fondement BLEU solide et sain en Russie, par exemple, s'est révélée être un bon moyen de régression vers la gouvernance criminelle de ROUGE. L'économie dirigée BLEUE prédominante en Union soviétique permettait une forme fermée de stabilité. Maintenant la Russie a besoin d'un leader BLEU/orange qui puisse créer les structures sociétales qui permettront un déploiement plus naturel d'ORANGE, comme cela s'est passé à Singapour. Les auteurs soulignent que les modèles économiques apparus aux Etats-Unis dans les années 1890 et au milieu du 20e siècle sont en fait plus orientés « étapes » que ce que les consultants actuels s'efforcent d'imposer. J'ai omis ci-dessus un point important : chaque étape vers le haut de la spirale est une alternance entre un mode d'expression plus individuel et un pôle plus sacrificiel/communal. A chaque niveau, cette dichotomie fondamentale trouve une expression plus complexe et plus sophistiquée, mais l'alternance est toujours présente. Les problèmes inhérents à chaque vision du monde sont partiellement résolus par un basculement vers l'autre pôle (le balancement entre l'esprit d'entreprise ORANGE et le VERT communautaire résout par exemple certains déséquilibres destructeurs d'un consumérisme excessif). Finalement Beck et Cowan affirment que les vMèmes sont groupés en lots de six et que le passage de VERT à ORANGE est un saut plus radical, discontinu, que toute avancée passée, l'émergence d'un tout nouveau mode de pensée. Je trouve que cet argument est le moins plausible de leur thèse. Apports (selon moi) particulièrement importants
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