Monique Esser

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La PNL en débat

Ouvrage collectif dirigé par Monique Esser, publié par l'Harmattan, Paris 2004

Ce livre se révèle merveilleux dès lors que le lecteur passe au-delà du mécanisme des majuscules et des codes de couleur. Il présente de manière détaillée un modèle de développement spiral des visions du monde. Beck et Cowan appellent ces structures de pensée les vMèmes (pour « méta-mèmes attracteurs de valeurs »). Les vMèmes peuvent être définis comme des paradigmes à orientation large, un schéma au travers duquel nous interprétons le monde.

La première qualité de ce bouquin c'est qu'il a le mérite d'exister ; Grâce au travail opiniâtre de Monique Esser, la PNL commence à être abordée au sein d'une université européenne.

Comme le bouquin le souligne par ailleurs, les milieux universitaires francophones se sont en général caractérisés par un souverain mépris par rapport à cette approche bien plus souvent basé sur leurs préjugés que sur un réel travail de critique scientifiquement rigoureux.

Ce rejet de la PNL par la communauté universitaire a largement concouru au déficit actuel de validation scientifique (selon des critères universitaires) dont souffrent actuellement la PNL dans une boucle de prédiction auto-réalisatrice : ce n'est pas sérieux donc nous ne nous en occupons pas ; comme nous ne nous en sommes pas occupé, cela ne présente pas les garanties de sérieux que nous recherchons.

Saluons donc l'existence de ce premier ouvrage qui a l'immense mérite d'introduire un débat au sein de l'université. La PNL étant de facto ici reconnue par la communauté universitaire. Voilà déjà une belle performance.

C'est donc avec enthousiasme, curiosité et un a priori favorable que j'ai ouvert ce livre. J'avoue être plutôt déçu après l'avoir lu. Probablement avais-je d'autres attentes quand au travail scientifique universitaire.

Ce livre est  né de la discussion pendant une année entre 7 personnes, médecin, psychologue, physicien, philosophe, etc. Leur objet de débat fut donc la PNL telle qu'elle se présente au travers des livres des fondateurs (Grinder et Bandler), d'un exposé historique présenté par Monique Esser et de vidéo de séminaire. Le niveau de formation préalable des débatteurs  à la PNL est très variable. Certains n'en en aucune. Ce livre est composé de 8 articles indépendant .

Il est articulé en trois parties :

Une première offrant des repères techniques , Une deuxième offrant des repères théoriques et une troisième des repères philosophiques.

Le premier article est constitué d'une introduction de présentation de la PNL par Monique Esser, professeur émérite à la faculté de psychologie de Louvain la Neuve ainsi que formatrice en PNL.

Les deux suivant sont des témoignages de praticiens qui présentent leur point de vue subjectif et appréciation basée sur leur expérience de clinicien.

Le premier chapitre écrit par  Jean-François Bottermans, docteur en psychologie, formateur et superviseur au 3eme cycle en psychothérapie à l'UCL, qui décrit son expérience de formation avec Grinder et Bandler en 1979 et ce qu'il en a intégré dans sa pratique,

Le deuxième chapitre écrit par  Guy Poncelet, médecin, maître de stage et responsable de séminaire pour la formation des médecins généralistes, qui relate comment il utilise les outils de la PNL au sein de sa consultation médicale.

Le troisième chapitre est constitué d'une réflexion sur la PNL et la scientificité par Claude Marti , professeur émérite de physique à l'Université de Paris VI et VII et également maître-praticien en PNL,

Le quatrième est constitué par une reconstitution historique des débuts de la PNL au travers de divers témoignages recueillis par Monique Esser et d'une compilation de la littérature disponible,

Le cinquième est une réflexion phénoménologique générale prenant la technique du recadrage spatial pour contexte de départ mené par Raphaël Gely, docteur en Philosophie et chargé de recherche au FNRS,

Le 6eme est une réflexion sur l'éthique et l'anthropologie par Michel Dupuis, professeur de philosophie à l'UCL et à l'ULG,

Le 7eme chapitre est consacré à une série de considérations sur la relation thérapeutique en PNL par Frank Pierobon, docteur en philosophie et professeur à l'IHECS.

Comme on le voit, que du beau monde !

Hélas une série de bon ingrédient jeté ensemble dans une casserole ne font pas nécessairement de la bonne cuisine.

J'avoue que ce livre m'aura fait passer par différents états : curiosité, frustration et déception, irritation et fou rire nerveux.

Si ce livre a l'indéniable mérite d'offrir une série de points de vue différents, manifestant par la un principe de multiple description il n'ajoute pas grand chose au débat quand à la PNL. La multiple description qu'il propose est plus un reflet des filtres perceptuels de leurs auteurs qu'un éclairage sur l'objet de l'étude.

Dès le départ la PNL est en effet décrit comme s'il s'agissait d'un objet évident. Aucun des auteurs ne semblent en effet conscient qu'il ne décrivent que leur perception subjective, leur modèle mental de la chose. Ainsi Monique Esser la réduit à une méthode de thérapie.

Dès l'introduction la PNL, champ épistémologique (l'approche original de questionnement du monde subjectif), est confondue avec ses artefacts (ce qu'elle a produit comme techniques d'intervention). Elle est en outre réduite à un seul champ d'application, celui de la psychothérapie. La vision de la PNL présentée ici se réduit à la pratique de ses fondateurs dans son champ d'origine Comme si son champ d'exploration d'origine définissait son essence. Un peu comme si Livingstone était devenu un pagayeur africain par la grâce de son exploration de l'Afrique en pirogue. Il s'agit d'une confusion fréquente, entre différents niveaux d'un modèle :

  • l'approche conceptuelle théorique  – la vision du monde et ses grilles de lectures - ,
  • la pratique de cette approche – la modélisation qui la pierre angulaire de la PNL
  • le contexte ou le champ dans lequel cette démarche est appliquée – thérapie, entreprise, éducation , etc -
  • les outils qui en ont découlés – synchronisation, ancrages, etc...
  • l'utilisation de ces outils dans différents contextes en fonction d'objectifs spécifiques.
  • La pratique d'enseignement de ces outils, telle qu'elle était conçue par les deux personnes à l'origine de cette discipline.
  • Les personnes qui utilisent ces outils.

Ces différents niveaux sont constamment « aplatis » comme s'il n'en faisait qu'un dans cet ouvrage. Les opérateurs d'évaluation d'un niveau étant fréquemment utilisés indûment pour évaluer un autre niveau du modèle, ce manque de clarté et de rigueur ne fait que reproduire la confusion fréquente dans le public dès  qu'on se penche sur la PNL.

Ainsi Jean_François Bottermans confond l'éthique (et surtout le manque d'éthique !) de Richard Bandler avec une qualité intrinsèque de la PNL. C'est la confusion constante entre l'outils et l'utilisateur. Rappelons encore une fois que l'éthique est une fonction de la personne et non de l'outil. Il ne faut pas condamner les marteaux sous prétexte que leur origine remonte aux masses d'armes qui servaient à pourfendre son voisin.

Nombre de psychothérapeutes, influencé par Rogers et la cure Freudienne ont confondu influence directe sur le client avec manque d'intégrité. La PNL offre une autre réponse qui ne semble pas avoir été clairement perçu ici. Pour plus de détails je vous renvois à l'article sur la PNL en question.

De manière analogue, la dimension du temps est insuffisamment prise en compte malgré les efforts de reconstruction historique louable de Monique Esser. Tout se passe comme si la PNL était un objet figé dans le temps, tel qu'on peut le percevoir par la pratique et les livres relatant la pratique des débuts. Ce que nous décrivons actuellement comme la PNL de la première et de la deuxième génération. Si les présupposés fondamentaux n'ont guère beaucoup variés, nous en sommes actuellement à ce qui est habituellement décrit comme la quatrième génération, celle qui se base sur des hypothèses de champs. Jean_François Bottermans  ne fait pas mystère qu'il n'a pas gardé le contact avec le monde de la PNL au delà de sa formation brève en 1979. Contrairement à la psychanalyse, la PNL actuelle ne dépend quasiment plus de ses fondateurs. Ceux-ci n'ont plus rien produit de significatifs depuis plus de dix ans, alors que de nombreux chercheurs et praticiens ont continués à « pousser l'enveloppe ». Il existe toutefois un déficit évident de littérature valable concernant les nouveaux éveloppements, les seules contributions tangibles dans ce domaine émergeant quasi-exclusivement actuellement de Robert Dilts.

L'approche universitaire classique de l'étude basée sur les publications disponibles conduit dans ce cas de figure à une distorsion importante. Vu la rapidité du développement tant conceptuel que pratique de la PNL, les publications ne reflétant pas le présent de l'approche mais un reflet historique daté et déjà dépassé. Tout se passe comme si l'on conduisait en regardant dans le rétroviseur.

Nous confondons dès lors la PNL avec ce que nous avons compris de la manière particulière dont une personne donnée utilisait certains principes et outils dans un contexte donné à un moment donné. Les principes de la sémantique générale de Korzibski ne sont pas complètement appliqués ici.

Si la première et la deuxième partie offrent des points de vue intéressants, et des réflexions qui mériteraient plus qu'un simple questionnement, j'avoue que la dernière partie me laisse perplexe, entre sidération et fou rire nerveux.

En pastichant (à peine) Frank Pierobon pour un instant on pourrait dire que  « l'écriture de son commentaire manifeste un appareil conceptuel qui reconduit dans sa pratique main présupposés historiquement datés mais dont l'écriture transpire une autre manière de se rapporter à Autrui et de mettre Autrui en mesure de vraiment se rapporter à lui-même.

Ceux qui veulent bien considérer, ne fusse que pour la beauté de l'argument, que tout concept échoue à rendre compte de l'action, qu'elle relève de la décision autonome intersubjective, trouverons à ce geste d'écriture un caractère proprement révolutionnaire. Un champ conceptuel peut ainsi s'y déployer entre un moment praxique insaisissable (énoncés performatifs) et un moment qui permet de créer des théories dont le seul inconvénient est de paraître artificielle ou irrelevant, ou les deux à la fois. Un changement de rationalité s'opère et nous voudrions montrer, autant que faire se peut, qu'en nous tenant obstinément à d'anciens cadre d'intelligibilité, nous ne pourrions pas rendre compte adéquatement de cette lente évolution dans  la rationalité  et dans les diffractions par lesquelles elle se spécifie en rationalités...

A supposer que sur ce point nous ayons raison, comment échapper à notre propre critique puisque, après tout, c'est également une écriture que nous avons produit ici. »

C'est effectivement la question que je me pose !

J'avoue qu'à la lecture de cette dernière partie, je me prends à soupirer de reconnaissance à l'idée que la PNL se soit développée en dehors du cadre universitaire. Si elle avait été suffisamment honorable pour y trouver sa place, elle serait probablement morte depuis longtemps avec pareil traitement !

Ce livre constitue dès lors plus un témoignage sociologique d'un certain monde universitaire.

Comme tout bon rejeton universitaire, il questionne les hypothèses et le travail d'autres chercheurs et c'est tout à son honneur.

Hélas il s'arrête aussitôt après, oubliant par là le canon d'une approche scientifique :

Questionner certes, mais également élaborer  des conditions de vérification ou d'infirmation expérimentales spécifiques et procéder aux expérimentations pour amener des réponses aux questions et confronter le résultat avec ses pairs.

Ce livre pose des questions et partage des opinions. Il manque toute la partie expérimentale qui fait réellement avancer le schmilbick. Sans ce dur labeur, les réponses fournies ne sont que des opinions personnelles packagées dans un habillage pseudo-scientifique. Elles ne se différencient en rien du reproche qu'elles adressent à la PNL. Le manque d'étayage scientifique sérieux et crédible effectué par des chercheurs fondamentaux. Il s'agit là clairement du boulot des universitaires; non des praticiens de terrain qui utilisent d'autres critères (efficacité pragmatique et sens subjectif).

Il ne me semble dès lors pas très honnête de reprocher aux praticiens le travail que les universitaires ne font pas ! C'est la charité qui tire sur l'ambulance.

Bref ce bouquin m'a déçu. J'en attendait mieux. Mais je suis sûrement trop exigeant. Il n'en reste pas moins qu'il est dès à présent un ouvrage de référence indispensable pour tout bon PNListe francophone. Pensez, une secte dont on débat doctement au sein de l'université...

Je rêve d'un vrai débat avec des représentants affûtés du monde la PNL et des scientifiques de diverses disciplines qui oseraient élaborer le travail de recherche expérimental rigoureux qui leur semblent si  indispensable. Je crains toutefois que la distance entre les tenants de l'efficacité et de la vérité reste pour longtemps infranchissable tant même des scientifiques de bonne volonté semblent encore confondre le cadran de la connaissance externe objective et le cadran de  l'expérience interne subjective tel que définit par Ken Wilber.

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